Avez-vous peur de réussir ?

Cet article est la retranscription de l’épisode 3 du Podcast « Parfaitement imparfaits ».

Avez-vous peur de réussir ?

Si la plupart des gens ont peur d’échouer, il est moins fréquent d’avouer ou de juste se rendre compte que nous avons peur de réussir.

Cela peut paraître contradictoire, paradoxal, mais, la peur de la réussite existe tout autant, si ce n’est plus, que la peur de l’échec.

Selon l’écrivaine américaine Marianne Williamson, « Notre peur la plus profonde est que nous soyons puissants au-delà de toutes limites. C’est notre lumière et non nos ténèbres qui nous effraie le plus ». Tout comme nous pouvons craindre nos parts d’ombre, nous sommes aussi effrayés par nos parts de lumière, par ce que nous pouvons produire de plus beau, de meilleur, par l’immensité de nos possibilités.

Cette peur de réussir est particulièrement présente chez les femmes et les entrepreneurs perfectionnistes qui perdent de vue leur grande vision. C’est un blocage paralysant qui se manifeste étonnamment quand tout est aligné pour créer les conditions de la réussite : arriver en retard à un rdv important, tomber malade au moment de valider un diplôme, de signer un contrat, remettre à plus tard une mission de travail, douter de soi, s’arrêter alors qu’on avait réalisé 80% du chemin… 

Définition de la peur de réussir

La peur de réussir ou la peur de sa propre grandeur a été théorisée par le psychologue humaniste américain Abraham Maslow sous le nom de complexe de Jonas.

Le syndrome de Jonas renvoie à un passage de la Bible, celui ou le marchand Jonas a tenté de résister à l’appel de Dieu pour remplir une mission importante. Son destin était de devenir prophète, mais sa première réaction a été de fuir, de peur de ne pas être à la hauteur de la tâche.

La peur de réussir c’est donc vouloir réussir quelque chose à tout prix, tout en faisant en sorte de l’éviter car vous avez très peur que ça arrive. C’est un peu comme si vous appuyiez en même temps sur le frein et l’accélérateur d’une voiture, tout en voulant qu’elle vous conduise vers votre objectif. Et vous n’allez pas aller très loin, vous vous en doutez. A ce sujet, on donne souvent l’exemple de. Raymond Poulidor, cycliste populaire des années 60 qui a été qualifié sur le Tour de France « d’« éternel second », car tout en détenant le record de podiums de cette course, il ne l’a jamais gagné.

Souvent, avec la peur de réussir, nous perdons nos moyens, en tout ou partie, juste au moment où nous devons prendre la parole en public, où nous avons enfin l’opportunité de finaliser ce projet qui nous tenait à cœur et sur lequel nous avons travaillé des heures, ou nous devons rendre le dernier chapitre d’un rapport, d’un livre avant sa publication, etc. Nous trouvons de belles excuses, des tas d’autres activités, tâches, à faire plus importantes, prioritaires pour passer à autre chose et ne pas nous laisser la chance de voir si nous allions réussir.

La peur de réussir se caractérise ainsi par une dichotomie entre ce que nous voulons atteindre, ce dont nous rêvons de réaliser et les actions que nous mettons en place.

Les sources communes de la peur d’échouer et de la peur de réussir

La peur d’échouer et la peur de réussir peuvent paraître opposées, mais elles ont, en réalité, des sources communes. Outre, le fait qu’elles nous maintiennent dans une zone de confort, qu’elles peuvent nous pousser à nous autosaboter, on l’a vu dans l’épisode précédent, elles s’expliquent aussi souvent toutes les deux par d’autres peurs sous-jacentes.

En ce qui concerne la peur de réussir, la plupart du temps, les perfectionnistes n’ont pas peur du succès en lui-même, mais plutôt des conséquences potentielles de ce succès éventuel. Quand je vous dis conséquences du succès, à quoi pensez-vous immédiatement ?

Vous avez peut-être :

  • peur de changer. Par exemple, de personnalité, de valeurs, de vision du monde, d’environnement… Réussir un concours, obtenir un diplôme ou une promotion, implique forcément des changements de vie, perdre de vue des camarades de promo, devenir manager de vos collègues..
  • peur de décevoir et d’être rejetés, c’està-dire perdre des relations avec des proches car ils ne vous comprennent plus, ne vous reconnaissent plus, vivent une situation différente de la vôtre.
  • peur d’être vous-même déçu du résultat ou des émotions que votre réussite vous procurera.
  • peur de ne pas être à votre place
  • peur d’être déloyaux, de trahir votre famille (il y a des familles où il est compliqué pour les femmes de gagner plus d’argent que leur conjoint ou leur père, ou il est mal vu de choisir de suivre des études longues alors que ses parents n’en ont pas fait…).
  • peur d’être jugés par les autres, leurs amis, collègues, familles, des haters… Par exemple, qu’on vous considère comme quelqu’un de trop ambitieux.
  • peur de perdre ce vous avez précédemment acquis (amis, famille, argent…).
  • peur de se montrer tels que vous êtes, entiers et authentiques.
  • peur de vous laisser submerger, de perdre le contrôle, de ne pas gérer une pression éventuelle, ou de ne plus avoir du temps pour vous.
  • peur d’échouer. Vous pensez, par exemple, que vous pouvez à tout moment échouer, que tout peut s’arrêter d’un coup et que cet arrêt sera encore plus douloureux que de vous être lancé.
  • peur d’être connus et reconnus, de sortir du lot, de devenir célèbre, de ne plus avoir une vie normale…
  • peur d’avoir plus d’argent et de ne pas savoir l’utiliser à profit
  • peur que votre vie perde en fluidité, ne devienne trop compliquée. Je me rappelle l’une de mes clientes qui s’empêchait de faire grandir son entreprise car elle avait peur de crouler sous les demandes, de devoir embaucher, manager des employés et finalement les licencier si son business s’écroulait.
  • peur du contrecoup. Selon les scientifiques, les personnes ont tendance à se conformer aux normes sociétales attendues car ils appréhendent un retour de bâton social ou économique. C’est l’évitement du contrecoup. Par exemple, les femmes peuvent associer le succès à des conséquences négatives plus importantes et éviter de se mettre en avant, car cela serait contraire à leur représentation du rôle traditionnel dévolue à la femme.

Bref, en matière de réussite, on peut avoir tendance à croire que la réussite a un coût, qu’il faut faire des sacrifices ou subir des pertes pour réussir. 

Alors quel prix ne voudriez-vous pas payer pour réussir, quel prix seriez-vous prêt pour réussir, et quel serait un bon entre-deux ?

Identifier la peur de réussir

Comme je vous l’ai déjà expliqué, identifier votre peur de réussir passe d’abord par une phase introspective.

Définissez ce qu’est le succès pour vous, à quoi vous l’associez. Quelle image, mot, odeur, sensation viennent à vous quand vous y pensez ? écrivez-les.

Demandez-vous également de quoi vous avez peur et d’où vient-elle ? Pourquoi vous paralyse-t-elle à ce point ?

Observez vos mécanismes d’autosabotage, ce que vous faites ponctuellement ou quotidiennement pour vous empêcher de réussir.

Prenez quelques minutes pour essayer de vous rappeler vos premiers souvenirs ou expériences avec la peur de la réussite, avec qui vous étiez, ou vous etiez, ce que vous avez ressenti.

Demandez-vous à quoi vous savez que vous aurez réussi : « Je saurai que j’ai réussi si je… »

Enfin, listez vos talents et compétences et voyez comment elles peuvent vous aider à réussir.

 

Dans tous les cas, je vous invite aussi régulièrement à vous visualiser, comme les grands sportifs, dans la réussite et à vous remémorer vos succès.

Pour conclure, si je résume les 3 points clés de cet épisode :

  • il est tout aussi normal d’avoir peur d’échouer que de réussir
  • la peur de réussir nous immobilise et nous empêche de vivre notre vie
  • assumez vos envies et offrez-vous l’autorisation de réussir.

 

Et rappelez-vous, comme le disait Jules Renard, « Il y a des moments où tout réussit. Il ne faut pas s’effrayer. Ça passe. »

 

Dans le prochain épisode, je vous expliquerai à quoi on reconnaît une personne perfectionniste.

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